Le colloque annuel 2026 de l'ACSC se tiendra à Montréal les 17 et 18 juin. Intitulé Le climat sécuritaire en mutation : stratégies de défense et dépenses militaires dans un monde en réchauffement, il proposera une réflexion et des échanges sur les liens entre les changements climatiques et la profonde recomposition des relations internationales. Il examinera également les effets de la hausse des dépenses militaires sur l’agenda de la sécurité climatique, ainsi que leurs répercussions concrètes sur les politiques de sécurité et de défense du Canada et de ses alliés. Deux grands ensembles de questions structureront les discussions.
Premièrement, les débats sur les conséquences des changements climatiques pour la sécurité et la défense ont surtout mis l’accent sur leur rôle de multiplicateur de menaces ou sur leur potentiel de générer instabilité et conflits. Dans les milieux militaires et stratégiques, cette approche a laissé peu de place à une analyse systémique des transformations profondes qu’impose le réchauffement climatique aux environnements géopolitiques et stratégiques, au fonctionnement des organisations de défense et à l’évolution des formes de conflictualité. Dès lors, où en sont les évaluations des risques, des vulnérabilités et des marges d’adaptation pour les institutions de défense et les forces armées ? Quels effets structurels les changements climatiques sont-ils susceptibles d’exercer sur ces organisations ? Quelles conséquences faut-il anticiper pour la planification de la défense, la prospective stratégique et les trajectoires futures de la sécurité climatique ?
Deuxièmement, les fondements des relations internationales sont en mutation. À Davos, en janvier 2026, le premier ministre Mark Carney a appelé les gouvernements à composer avec la « rupture » de l’ordre international fondé sur des règles afin d’adopter un « pragmatisme fondé sur les valeurs ». Cette rupture ouvre un espace pour examiner des enjeux longtemps restés en marge des priorités stratégiques. Au nom du réalisme, les agendas du changement climatique et de la sécurité climatique ont été relégués à l’arrière-plan, tandis que la souveraineté nationale, la sécurité énergétique, la croissance économique et la gestion des risques ont dominé les débats. Dans le contexte de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), le Canada et d’autres « puissances moyennes » ont accru leurs budgets de défense, le gouvernement Carney s’étant engagé à doubler les dépenses militaires d’ici 2030. Un tel réarmement soulève plusieurs dilemmes. Il risque notamment d’ancrer des niveaux élevés d’émissions de carbone pour les décennies à venir, aggravant ainsi les changements climatiques ainsi que les risques et vulnérabilités associés à la sécurité climatique. Dès lors, quel avenir pour la sécurité climatique et la défense ? Quelles possibilités, quelles marges d’action et quels arbitrages s’offrent — ou devraient s’offrir — aux organisations de défense et aux forces armées ? Comment un « pragmatisme fondé sur les valeurs » peut-il orienter leurs choix dans les années à venir ? Et, en définitive, où les ressources financières devraient-elles être investies ?
Le programme du colloque est conçu pour éclairer les politiques publiques et enrichir le débat public, tout en contribuant à l’avancement des connaissances sur la sécurité climatique et la défense. Les études sur la sécurité climatique se sont largement concentrées sur les effets directs des changements climatiques sur la sécurité. Notre démarche s’intéresse plutôt à la manière dont les changements climatiques influencent, structurent et transforment les capacités sociotechniques, les marges d’action et les imaginaires des organisations de défense, ainsi qu’aux conséquences qui en découlent pour les fonctions et les missions militaires. En ce sens, le colloque propose avant tout une réflexion sur la manière dont les organisations de défense et les forces armées fonctionnent, envisagent de fonctionner ou devraient fonctionner dans un monde en profonde transformation, tant sur le plan environnemental que politique.
Programme provisoire (sous réserve de modifications)
Jour 1 (17 juin 2026)
8:30-8:45 Allocutions d’ouverture – Prof. Bruno Charbonneau & Prof. Gregory Hooks
8:45-9:15 Conférence d’ouverture
9:15-10:30 Séance plénière : État des lieux : la situation de la sécurité (climatique) dans le monde
Cette séance plénière ouvrira la conférence en situant les débats dans le contexte politique actuel, marqué par une montée des incertitudes et des bouleversements internationaux. L’objectif est d’évaluer les implications de cette conjoncture pour l’agenda de la sécurité climatique et de la défense.
10:45-12:15 Panel 1 : Le Canada, l’OTAN et l’Arctique
Le Canada et l’OTAN font face à des pressions stratégiques croissantes dans l’Arctique, alors que les changements climatiques ouvrent de nouvelles routes maritimes et accentuent la rivalité entre grandes puissances. Le panel 1 examine les moyens de renforcer la surveillance, de consolider les infrastructures nordiques et d’approfondir la coopération avec les communautés autochtones afin d’assurer la stabilité, de protéger la souveraineté et de défendre leurs intérêts dans la région arctique.
1:30-3:00 Panel 2 : Dépenses militaires et émissions de carbone
Le panel 2 aborde le défi que posent les émissions de carbone des forces armées dans un contexte d’augmentation des budgets de défense. Il examine les enjeux macroéconomiques à l’intersection des politiques climatiques et des dépenses militaires, la contribution des forces armées au réchauffement climatique mondial, ainsi que les possibilités d’opérations à faible intensité carbone. Les discussions porteront sur l’innovation technologique, l’adaptation stratégique et la réforme des politiques publiques. Elles chercheront à déterminer si des réductions significatives des émissions peuvent être conciliées avec les impératifs de préparation opérationnelle, de dissuasion et avec les exigences changeantes des environnements de sécurité contemporains.
3:30-5:00 Panel 3 : Défense et transition énergétique
La transition énergétique mondiale transforme la planification de la défense et expose les forces armées à de nouvelles pressions opérationnelles, logistiques et géopolitiques. Ce panel examine les vulnérabilités liées aux capacités fortement dépendantes des carburants, les exigences associées à l’intégration de technologies plus propres, ainsi que les implications stratégiques des recompositions des marchés de l’énergie. Il met en lumière les adaptations nécessaires pour que les organisations de défense demeurent efficaces dans un monde en voie de décarbonation.
Jour 2 (18 juin 2026)
8:30-10:00 Panel 4 : Base industrielle de défense et approvisionnement
L’élaboration d’une stratégie industrielle de défense efficace est devenue plus complexe dans un contexte d’instabilité mondiale, de perturbations des chaînes d’approvisionnement et d’accélération des transformations technologiques. Ce panel examine comment les gouvernements et l’industrie peuvent simplifier les processus d’approvisionnement, renforcer les capacités nationales et concilier l’urgence avec les exigences de transparence et de reddition de comptes, afin de garantir que les forces armées disposent, en temps opportun, de capacités fiables dans un environnement stratégique volatil.
10:30-12:00 Panel 5 : Dilemmes sécuritaires : résilience et adaptation au carrefour du climat et de la stratégie
Les organisations de sécurité et de défense doivent s’adapter aux perturbations liées aux changements climatiques tout en demeurant prêtes à faire face à des chocs géopolitiques rapides. Ce panel examine les dilemmes de politique publique qui découlent de la nécessité de concilier les mesures d’adaptation climatique avec le maintien de la préparation opérationnelle, de la dissuasion et de l’agilité stratégique dans un environnement mondial de plus en plus instable. Il met en lumière les arbitrages qui façonneront la planification future en matière de sécurité et de défense.
1:30-3:00 Panel 6 : Résilience nationale et préparation civile
L’intégration de la réduction des risques de catastrophe, de l’action climatique et de la planification en matière de sécurité et de défense est devenue essentielle, alors que les chocs environnementaux touchent de plus en plus les organisations militaires et se conjuguent à l’instabilité géopolitique. Ce panel explore des pistes concrètes pour mieux articuler ces agendas, en examinant les pratiques passées et actuelles en matière de relations civilo-militaires, de résilience nationale et de préparation des populations civiles. L’accent mis sur la gouvernance, le développement des capacités et la collaboration intersectorielle vise à dégager des pratiques exemplaires pour renforcer la résilience des sociétés, afin qu’elles puissent faire face à la fois aux perturbations climatiques et aux crises sécuritaires.
3:30-5:00 Panel 7 : Prospective stratégique : les futurs de la guerre (climatique), de la sécurité et de la défense
Ce panel examine pourquoi les experts et praticiens de la prospective stratégique en matière de sécurité et de défense doivent considérer les changements climatiques et la transition énergétique comme des éléments structurants pour penser les environnements de sécurité à venir. Il analyse comment l’ignorance des trajectoires bas carbone peut fausser les diagnostics, pourquoi certaines analyses prospectives acquièrent davantage de légitimité que d’autres, et de quelle manière l’intégration des réalités climatiques et énergétiques transforme les hypothèses relatives aux limites, aux capacités et aux trajectoires de transformation des forces armées.
5:00-5:15 Allocutions de clôture
Montréal, Canada